#3- La friandise comme outil de travail

Troisième article sur l’utilisation de la friandise car on a du nouveau !

Dans l’article précédent je retraçais les essais que j’avais fait depuis le début du confinement, c’était il y a un mois. J’abordais notamment le fait qu’Hermès ne soit pas motivé par les bouchons de foin (à mon grand désespoir). À la suite, j’ai donc récompensé à la carotte et à l’aliment (tous deux ont des valeurs très élevées).

Qui sème le vent, récolte la tempête

Expression justement trouvée pour décrire la situation dans laquelle nous nous trouvions avec Hermès pendant un peu plus d’un mois. Les carottes et l’aliment étant des récompenses à valeur très élevée pour Hermès, elles sont plus difficiles à manier, notamment pour les exercices faciles.

En effet, dans mon article précédent, je mettais en évidence le fait qu’Hermès monte particulièrement vite en pression si je lui demande des choses faciles et qu’il reçoit ensuite une rondelle de carotte/ une poignée d’aliment.

Afin de rendre les exercices plus difficiles et équilibrer la valeur du mouvement avec celle de la récompense, j’ai commencé à lui demander de continuer le comportement, plus longtemps. Cette technique est assez efficace, nous avons d’ailleurs pas mal progressé sur pas mal de choses, néanmoins, elle nous fait perdre en précision. Hermès est devenu « une grosse brute » depuis que nous travaillons comme ça. Snif, lui qui était si doux avant… 😥

L’avantage, c’est que cela m’a permis d’espacer les récompenses et de pouvoir enchaîner plusieurs mouvements. Nous avons aussi des séances beaucoup plus fun et moins studieuses depuis que nous fonctionnons comme cela.

Mais par contre, je dois guider mon petit gars d’une main de maître, car le calme et la décontraction, sont extrêmement difficiles à conserver pendant toute une séance…

Une solution pas si adaptée que ça

Vous l’aurez compris, même si j’y ai trouvé des avantages, les inconvénients sont de taille et font partie des choses que je ne veux pas sacrifier. Je ne veux pas avoir Hermès qui monte en pression et s’excite littéralement dans tous les sens si je fais une boulette. Il y a beaucoup trop cet « appât  du gain » lors des séances et cela ne me plaît pas du tout. Déjà car émotionnellement ce n’est agréable pour personne et qu’en plus, dans ce contexte, j’ai vraiment l’impression d’en faire une bête de foire qui donne tout ce qu’il a pour avoir « son précieux ».

J’ai essayé de coupler les carottes avec des bouchons de foin en donnant les deux en même temps pour récompenser (et donc avoir une récompense haute valeur qui permet une bonne décontraction), mais il me crache copieusement les bouchons de foin à chaque fois.

Mai 2020, de retour au pré d’Été

L’aliment a une valeur un peu plus faible que la carotte à force (car j’ai fait de gros efforts pour le banaliser au maximum..) donc j’ai essayé de m’en servir autant que possible lors des montées en pression. Seulement voilà… Niveau distribution, ce n’est franchement pas idéal et je n’ai jamais vraiment de quantité précise, ce qui ne m’aide pas à faire la distinction des récompenses entre un comportement difficile et un comportement facile par exemple.

Tout cela me force énormément à me questionner sur la motivation d’Hermès, sa relaxation, l’ambiance générale de la séance, ainsi que ce qu’il en tire comme apprentissage.

Les associations

Voilà un principe d’apprentissage que je prends en considération à 200 % depuis que j’ai lu Animal Training 101. Ce livre m’a vraiment permis de mieux décortiquer ce que je faisais avec Hermès et la façon dont j’aborde les choses avec lui. J’ai enfin un ordre d’idées précis ou du moins plus clair sur les causes/conséquences de ce que nous obtenons/faisons tous les deux. Auparavant, dès que j’étais face à un souci, je cherchais une solution à ce souci.

Exemple : il gratte, comment faire pour qu’il arrête de gratter > Solution > Problème résolu.

Cela à toujours été assez efficace, mais parfois, cela nécessite plusieurs essais avant de trouver la bonne solution, simplement parce que je prenais le problème dans le mauvais sens.

Dans ce livre, j’ai découvert à quel point les associations faites lors de l’apprentissage (voulues ou non) étaient importantes pour détailler le fonctionnement d’un comportement.

Je fais donc systématiquement attention à cela à présent et me questionne sur les associations qu’il a pu faire pour tel ou tel mouvement/attitude.

Les choses que j’ai identifié comme étant source de montée en pression à cause d’une « mauvaise association » (comprenez ici, association non désirée, qui provoque des comportements que je ne souhaite pas voir apparaître) :

  • La nouvelle cible (balle de tennis sur la tricoteuse)
  • La nouvelle pochette
  • Le trépied pour me filmer
  • Mon marqueur « TAK »

Le trépied est associé à du travail récompensé par la nourriture depuis déjà un moment, mais je n’en avais pas conscience avant. Dès qu’il me voit sortir le trépied, il me « humhum » parce que cela annonce « on va travailler, tu vas avoir à manger ».

La nouvelle cible ainsi que la nouvelle pochette à friandises elles, sont associées aux carottes, soit à une très haute valeur (je ne les utilise que depuis peu de temps, 2 semaines environ). Cela est particulièrement compliqué car dès que j’ai l’une ou l’autre (ou les deux) Hermès est littéralement sous pression (et depuis une semaine, déballe systématiquement). HORREUR ! Je ne veux surtout pas qu’il soit dans cet état à la simple vision d’un objet, d’autant que ce sont nos outils de travail, il est indispensable que leur valeur soit neutre à ses yeux afin de ne pas les rendre inefficaces ou « problématiques ». La cible doit pouvoir continuer de donner des indications et la pochette ne doit pas susciter d’être envahissant (nous avons énormément perdu en politesse d’ailleurs…).

En bref, beaucoup de montée en pression pour pas grand-chose !
Pour palier à tout cela, mon objectif numéro 1 en ce moment, concerne leur banalisation. C’est à dire que je sors parfois le trépied pour des séances sans nourriture (R+ à la gratouille) ou même pour ne rien faire. Cela marche assez bien, mais il faut encore qu’on travaille là dessus.

Pour la pochette ainsi que la cible, c’est simple je les garde tout le temps sur moi depuis que j’ai compris à quoi elles étaient associées (sauf pendant les moments « freestyle » car dans ces cas là, je ne veux que la motivation intrinsèque d’Hermès, rien d’autre).

Ce qui est très drôle et surtout preuve que le contexte peut changer une association, c’est qu’en extérieur, les carottes, la pochette ou la cible, ont une valeur très basse. Pourtant je les utilise de la même façon que lors de nos séances à pied. Je profite donc de ce contexte pour banaliser au maximum ces 3 éléments 🙂

Pour ce qui est de mon marqueur « TAK », sachant que ces derniers temps je ne l’utilise qu’avec des carottes, il a pris une valeur très élevée lui aussi et fait monter Hermès en pression.

Afin de le rendre beaucoup moins intéressant, j’ai décidé d’arrêter de l’utiliser lors des séances à pieds pour le moment (je ne l’utilise que pour les soins et les balades).

À la place lors des séances de TAP, j’utilise « Clock » qui signifie « bon comportement – récompense  ou pas» (nourriture ou gratouilles, je laisse aussi des « clock » à vide). Le but étant vraiment qu’il indique en priorité à Hermès qu’il a donné le mouvement attendu.

Pour faire un petit rappel, quand j’ai introduit les bouchons de foin comme récompense dans le travail, j’avais déjà cette organisation et les soins étaient en amont de la séance de TAP.

Aujourd’hui même, cette histoire de bouchons de foin dont il ne veut pas, me tracassait particulièrement car lorsque je lui en ai donné pour la première fois, il aimait ça. Je me suis vraiment focalisée là dessus en allant au pré tout à l’heure et je me suis demandée ce qui pouvait faire qu’Hermès n’en veuille pas pour travailler.

Une valeur trop faible ? Oui mais s’il aime ça ce n’est pas logique….Quelle association a-t-il pu faire pour que cela soit presque aversif pour lui ?

Ses dents !
Quand je lui ai proposé cette récompense la première fois en TAP, il avait de gros soucis pour manger (et me faisait même des boulettes avec l’herbe) car ses dents de lait étaient en train de commencer à sérieusement se faire la malle (et laissaient certainement pas mal de trous dans la bouche, donc potentiellement des petites douleurs).

Par conséquent, je me suis dit que si ses dents allaient mieux, peut être qu’il me prendrait les bouchons de foin. Effectivement, l’air de rien tout à l’heure je lui ai tendu une poignée de bouchons, qu’il mangé avec plaisir.

Mais dans ce cas, s’il aime ça et qu’il n’a désormais plus de souci pour les manger, pourquoi cela n’est pas motivant pour travailler ?

L’organisation de mes venues au pré

Pendant le confinement, j’ai trouvé une organisation qui me paraissait plutôt idéale, puisque nous nous y retrouvions bien tous les deux. Sachant que je venais tous les 4 jours pour soigner son œil, j’arrivais au pré, le gratouillais, puis faisait les soins pour être débarrassée et pouvoir profiter un peu de mon petit gars.

Qui dit soins, dit récompenses à haute valeur (=carottes ou aliment).

De manière spontanée, Hermès m’a plusieurs fois proposé des choses après les soins alors c’est assez naturellement que je suis allée remplir ma pochette de bouchons de foin. Si vous avez lu les articles précédents, vous savez déjà sûrement que cette récompense n’intéresse pas Hermès dans le travail.

Toujours cet après-midi, après avoir constaté qu’Hermès me prenait bien les bouchons de foin, j’ai tenté une séance de target dans le pré, rien d’inhabituel, des exos qu’il connaît faciles ou plus compliqués, bref une séance « normale ». J’ai pris les bouchons de foin uniquement, histoire de voir si c’était intéressant pour le petit gars.

Surprise, Hermès a été satisfait de cette récompense. Il a pris des pauses pour brouter, puis a fini par me dire qu’il ne souhaitait pas qu’on continue au bout d’une dizaine de minutes (2 choses qui n’arrivent absolument jamais habituellement) du coup j’ai arrêter la séance de TAP ici.

J’ai ensuite fait les soins des yeux, récompensés avec des carottes, tout s’est bien passé, il est reparti brouter avec Espoir.

Au bout d’une bonne vingtaine de minutes, il est revenu me voir, alors je lui ai proposé qu’on travaille le montoir, j’ai encore pris des bouchons de foin (normalement je le récompense uniquement à la gratouille pour cet exercice), nous avons donc fait une bonne séance de montoir. J’avais pris la cible de façon à l’aider un peu dans ses placements, je n’ai pas eu de montée en pression.

Cet après-midi me fait donc réfléchir quant à l’organisation de mes séances. Peut-être que les bouchons de foin ne sont tous simplement par intéressants car ils arrivent après les carottes si je fais « Soins > TAP ».

Je vais donc essayer de ré-organiser mes séances pour que les valeurs de chaque récompense soient prises en compte, sachant qu’à chaque style de séance, j’ai des récompenses adaptées.

Échelle de valeur des récompenses pour Hermès

Pour vous aider à mieux comprendre la valeur des récompenses que j’utilise avec Hermès je vous ai réalisé un petit graphique 🙂

Il n’est pas hyper précis et peut changer en fonction du contexte, mais dans l’ensemble cela fonctionne comme cela :

Dans les comportements faciles, je compte les choses qu’il connaît bien ou qu’il adore faire.

Pour les choses plus complexes, il s’agit en général des choses que je souhaite qu’il développe un peu plus, par exemple, continuer un mouvement encore 2 foulées.

Pour les comportements difficiles : les soins, ou les moments où il doit rester calme, par exemple en balades face à quelque chose d’effrayant.

D’où l’importance d’adapter la récompense à la situation. Si une récompense est trop faible par rapport à la difficulté du comportement, Hermès se désintéresse, s’éteint…

Au contraire, si la récompense est trop élevée par rapport à ce qu’il a fait, il monte en pression.

Mine de rien, tout cela est d’une importance cruciale et me demande bon nombre d’ajustements.

Je vais tenter de travailler de nouveau avec les bouchons de foin + les friandises.

Je ne vais garder les carottes (et autres récompenses à haute valeur) que pour les soins par exemple.

Évolution de la difficulté

Un autre point sur lequel je suis vigilante, c’est l’évolution d’un comportement dans le temps/suivant un contexte. Prenons pour les exemples les pieds. Je travaille dessus depuis un moment, au début c’était carottes ou rien, à présent, je peux même ne plus récompenser (ou de manière aléatoire), par exemple hier, je lui ai pris les 4 pieds, sans autre récompense qu’une rapide caresse.

En revanche, si je souhaite garder son pied, là j’ai besoin au moins de gratouilles, voir d’un petit truc à manger.

Le plus difficile est de réellement adapter la récompense à l’instant T. Finalement les choses peuvent très rapidement changer d’un jour à l’autre, voir lors d’une séance, entre le début et la fin.

Nous avons encore du travail pour trouver un réel confort dans toutes les situations 🙂

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