Le Sculpting

Le sculpting ou manipulation en français, est une technique d’apprentissage qui permet de former un comportement en touchant l’animal (explication issue du chapitre sur le Sculpting dans le livre Animal Training 101, comme beaucoup d’informations présentes dans cet article).

Les techniques d’apprentissage sont variées et peuvent être complémentaires (voir mon article sur nos étapes en R+), elles ont pour but de permettre au cheval (ou au rat musqué) de faire des associations positives ou négatives et de pouvoir réagir face à son environnement. Par définition, le R+, le target training et le R-, sont des techniques d’apprentissage, différentes certes, mais qui ont la même finalité : former un comportement = apprendre quelque chose.

Principe du sculpting

Cela consiste à toucher le cheval (appliquer un contact constant, linéaire) pour orienter sa réponse vers un mouvement donné. Ce contact est neutre et c’est très important à comprendre, il n’y a pas de montée en phase, ni d’aspect « récompense », il faut simplement le voir comme une indication faite au cheval. Le fait de toucher son cheval n’est pas forcément assimilé à du R-, par exemple, on le touche lors du pansage.

Une fois que l’indication est donnée : on attend. L’un des grands principes de l’éducation positive reste de saisir les opportunités et les comportements à renforcer, plutôt que de créer de l’inconfort pour obtenir une réponse plus rapidement.

S’en suis généralement du scan and capture et/ou du microshaping (c’est que j’ai fait avec Hermès), afin de récompenser le moindre report de poids dans la direction où l’on souhaite orienter le cheval.

J’aurais aussi pu utiliser une cible pour aider Hermès à reporter plus rapidement son poids par exemple mais pour le moment j’ai fait le premier essai sans.

Déroulé de notre essai

Je souhaitais essayer cette technique d’apprentissage pour déplacer les épaules et les hanches. Hermès connaissait déjà ces principes mais je les lui ai appris en R-, l’idée est donc de changer l’association qu’il avait fait lors de l’apprentissage de ces mouvements là.

J’ai commencé par les épaules (sachant qu’il est beaucoup plus à l’aise que pour les hanches en général) à sa droite, donc je voulais qu’il bouge vers la gauche.

Je me suis positionnée face à son épaule et j’ai placé deux doigts sur son passage de sangle et deux doigts sur sa joue. Avec un contact franc, mais pas de montée en phase, j’ai choisi d’appliquer une pression suffisante pour être en contact sans provoquer d’inconfort.

J’ai ensuite attendu, sans monter en phase et en conservant une énergie basse, une attitude calme. Hermès avait l’air assez dubitatif les premières secondes (comme à chaque fois que je lui propose un nouveau truc), il se demandait ce que je faisais. Un peu malgré lui, il a reporté son poids sur la gauche, j’ai immédiatement donné mon marqueur + bonbon. Grâce au marqueur Hermès a compris qu’il avait fait quelque chose qui lui avait valu une récompense.

Photo de Mahaut d’Ornellas

Le deuxième coup, j’ai repositionné mes doigts et il a immédiatement décalé franchement son poids à gauche + bouger son pied droit devant lui = marqueur + bonbon.

Le troisième essai était plus que concluant puisque je n’ai eu qu’à le frôler pour qu’il croise complètement ses antérieurs.

Bon okay, j’ai triché, je savais que les épaules bougeaient très bien de se côté et que c’était plus simple, mais pourquoi se compliquer la vie ? Héhé

Nous avons mis 5 essais à obtenir le même résultat pour bouger les épaules vers la droite (en suivant le même procédé). Cette fois, dès que je me suis positionnée, j’ai pu observer une réaction similaire à nos débuts en R+, quand on travaillait le respect à la friandise, à savoir Monsieur le petit gars, s’est retourné du côté opposé à moi en humhumant ^^ Le but ensuite a été d’affiner mon timing pour récompenser avant qu’il se décroche la tête ahah

Pour les hanches, j’ai positionné mes deux doigts (en pression similaire à celle utilisée pour les épaules), derrière la jambe si on est à cheval, soit en bas du ventre au niveau des dernières côtes en gros.

Là il y a eu confusion : Hermès m’a donné ses hanches en aspiration sur le premier essai. Pour l’aider à comprendre que ce n’est pas ça que je cherchais, j’ai donné mon marqueur «Non, ce n’est pas ça », pour qu’il cherche autre chose. Parfait exemple du cheval qui cherche la bonne réponse : après les aspirations, j’ai eu un reculé, une jambette et une groooooosse politesse à la friandise ahah

J’ai essayé de l’orienter avec mes différents marqueurs « Oui tu approches, continues » ou « Non ce n’est pas ça ». Après quelques essais, j’ai bien vu qu’il commençait à monter en pression, vu qu’il ne trouvait pas (ici la cible aurait été nécessaire pour l’orienter), j’ai choisi de faire une petite pause là dessus, de marcher un peu et de retrouver une attitude cool et détendue.

Une fois que c’était ok, j’ai redemandé en couplant avec mon autre main une indication pour ramener sa tête vers moi (ma main a servi de cible en fait). J’ai tout de suite eu un mouvement très franc de son postérieur, ramené sous lui = marqueur + grosse récompense.

Voilà pour le moment où nous en sommes et ce que nous avons essayé, c’est peu, mais j’ai obtenu de supers résultats pour une séance de 10min, de plus ça m’a permis de « matérialiser » un peu ce procédé sur lequel j’avais du mal à bien tout comprendre.

Les différences avec le R-

  • Contact linéaire/neutre
  • Pas de montée en phase, le contact est une indication, au même titre qu’un code vocal par exemple
  • Le marqueur indique la bonne réponse lorsque le mouvement survient, ce n’est pas le fait de supprimer la pression qui dit au cheval qu’il a bien réagit (principe du R-). D’ailleurs, je donne mon marqueur tout étant encore en contact.
  • Attitude de l’humaine basse en énergie
  • On capture le comporte, on ne le provoque pas en « poussant »
  • Le cheval doit chercher la bonne réponse (= réflexion, cheminement « intellectuel », association positive, motivation intrinsèque..)

Et l’humain là dedans ?

On m’a posé à plusieurs reprises la question suivante :

« Et s’il ne se passe rien, comment tu fais pour qu’il comprenne qu’il doit bouger sans monter en phase ? ».

Question judicieuse et qui doit tourner dans la tête de beaucoup de personnes, puisqu’elle tournait aussi dans ma tête avant que je commence à bosser au R+ (on dit merci à notre propre conditionnement ahah).

Tout d’abord je pense qu’il important de préciser qu’avec un cheval qui a l’habitude de bosser en R+, il finit toujours par se passer quelque chose (comme nous l’a montré Hermès plus haut, avec ses hanches).

Sur un cheval qui ne connaît pas et n’est pas habitué à fonctionner comme cela, c’est à nous de trouver une solution pour qu’il bouge « malgré lui » afin que nous puissions capturer le comportement ou les prémisses du mouvement.

Je vais prendre un exemple avec Eglantine, une jument qui vit avec Hermès, sur qui j’ai pu m’entraîner, plutôt introvertie, éduquée full R-. Elle est donc habituée à ce que l’humain régisse ses mouvements dans un ordre bien précis (même si sa proprio est hyper à l’écoute et au top avec sa petite juju, les mécanismes que la jument a appris impliquent que les réponses sont toujours 100 % orientées et avec un attendu précis). C’est d’autant plus difficile sur une jument comme elle, sachant qu’un introverti bougera beaucoup moins qu’un extraverti.

Pour lui apprendre à suivre une cible (en liberté en sans licol donc), nous avons dû ruser avec Anne, sa propriétaire, car Eglantine, restait stoïque et attendait puisqu’on ne lui avait pas demander de marcher ou de nous suivre.

Anne s’est accroupie, à 3m devant Eglantine, l’appelée, pendant que j’ai « négligemment » laissé traîner la cible sur son chemin afin qu’elle entre en contact avec. Dès qu’elle a touché la cible : marqueur + bonbon (je l’avais conditionnée au préalable) = scan and capture (j’attends que le comportement survienne, quand il est visible, je le capture grâce au marqueur et un bon timing).

Eglantine n’avait pas l’intention de toucher la cible, mais elle l’a fait malgré elle et le marqueur lui a permis de faire une association : j’ai touché la cible, j’ai eu un bonbon.

Anne et Eglantine lors de leur première séance de cible moment immortalisé par Marion Maillet

C’est un exemple comme un autre, mais je le trouve assez parlant et un peu « extrême » vu qu’on parle ici d’une jument introvertie (qui bouge peu, voir pas du tout, si elle n’est pas sollicitée) et qui est habituée à un schéma où elle n’a pas à réfléchir énormément (n’y voyez pas une critique je pense que c’est simplement une réalité 🙂

Je tiens d’ailleurs à applaudir des deux mains Anne et Eglantine qui font des trucs très chouettes en R+, d’autant qu’Eglantine s’est largement extravertie en très peu de temps (je l’observe même au pré) franchement c’est top 😀

Venons en aux faits : nous sommes nous même conditionnés et considérons que le seul moyen d’obtenir un mouvement reste d’exercer une pression.

Je suis la première à avoir été persuadée de cela pour pas mal de mouvements (typiquement « pousser les hanches »), alors je comprends tout à fait que beaucoup de personnes soient septiques, voir catégoriques : « ça n’est pas possible ».

Je tiens à préciser qu’il faut effectivement travailler son cheval un moment en R+ avant de pouvoir obtenir les résultats attendus, mais ce qui est certain c’est que cela prendra toujours beaucoup de moins de temps (genre vraiment beaucoup moins qu’en R-, Hermès en est la preuve, nous avons commencé le R+ il y a 8mois. Pour les personnes qui nous suivent depuis le début, je pense que notre évolution est un bon indicateur pour jauger un peu 🙂 )

Si vous cherchez la différence entre toutes ces méthodes d’apprentissage, questionnez-vous sur un seul point : quelle est la position que l’humain entretient ? (Hooman, toi être un grand singe malin, c’est tout)

Nous avons pour habitude d’entendre que l’humain doit-être leader, contrôler les pieds, bouger son cheval comme il l’entend. C’est effectivement très pratique et efficace puisque finalement le cheval bouge comme on a envie et là où on a envie.

Mais au-delà de l’apprentissage qui est fait sur le cheval, il faut comprendre que l’humain aussi apprend à être dans cette position et que, comme tout conditionnement, c’est difficile de sortir de notre tête les associations qui ont été crée lors de notre apprentissage.

Je dirais que la grosse différence est principalement liée à la position que l’on a envie d’occuper (cela n’a rien de bien ou de mal, c’est simplement un choix personnel, propre à chacun 🙂 ) et qui demande effectivement un gros travail sur soi (bien plus que sur son cheval par la suite), puisqu’il faut ré-apprendre un schéma de réflexion différent.

Je sais très bien de quoi je parle, puisque je suis passée par là (en luttant beaucoup pour outrepasser ma petite voix qui me disait « non Océane, ça ne peut pas marcher/ c’est dangereux/ il y aura forcément des comportements indésirés/ tu as un poulain pas un cheval qui sait/ ces gens là sont des hippies qui ne font rien avec leur cheval, tu ne peux pas te fier à eux car tu n’as pas les mêmes objectifs …. » oui je suis pleine d’aprioris ahahah) et très honnêtement je trouve que pour beaucoup de choses que l’on se dit, il n’y a qu’un seul souci : on ne veut pas sortir de notre zone de confort.

Je vous dirais bien que le seul moyen de se rendre compte, c’est d’essayer et pas juste une fois (ni 2 ni 3)^^
On n’essaie jamais « une fois » pour les autres techniques, personne n’a su monter à cheval en une fois. Et pourtant on est persévérant, parce qu’autour de nous, on voit que les gens continuent et essaient encore, même après s’est pris une sacrée pelle.

Alors qui est le plus conditionné ? Ton cheval ? Ou toi ? 😉

3 commentaires

  1. Je me souviens du déclic dans la tête d’Eglantine en effet, c’était super à observer !
    Je suis heureuse de voir que mon cheval n’a pas eu de mal à piger le conditionnement à la récompense, même si j’ai dû faire des tonnes d’erreurs avec lui, visiblement notre relation n’est pas si mauvaise ahah

    Toujours par rapport à mon cheval, je me demande comment réagir s’il s’appuie fortement sur nous lorsqu’on le touche ? Lorida fait souvent ça – tu le connais ^^ -, ce n’est pas « méchant » mais si je veux qu’il se décale, juste pour que je puisse passer par ex, il va d’abord sacrément s’appuyer sur mes mains. Ce n’est que si je râle un peu qu’il se pousse.
    Dans la manipulation, il faut à ce moment là rester neutre voire lui faire comprendre verbalement et calmement que ce n’est pas ça ?

    Aimé par 1 personne

    • Oui tu peux donner une indication vocale en plus d’avoir la main en contact, ce qui va faire la différence c’est ton timing ! Plus tu seras précise, plus il va intégrer rapidement que « elle me dit de me pousser, c’est très intéressant de se pousser » 🥕 si c’est quelque chose de difficile, tu peux utiliser une récompense à forte valeur au début 😁

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