#1 – La friandise comme outil de travail

Qui dit R+, dit utilisation de la nourriture (dans la plupart des cas) dans un contexte bien précis. L’arrivée de la friandise est annoncée par un marqueur : le clicker, un bridge, un sifflet… Ce marqueur permet au quadrupède d’identifier ce qui lui a valu cette récompense. De plus, il lui donne un signal pour «arrêter le comportement ».

Si on part de ces 2 principes là et surtout que le cheval a été conditionné à la nourriture au préalable, donner une récompense alimentaire sans aucune condition d’utilisation, ne revient pas à s’en servir comme d’un outil (donc potentiellement, je dirais que ce n’est même pas du « vrai R+ »). Dans ce contexte là, la friandise permet juste de faire plaisir au cheval (ce qui n’est pas une mauvaise chose non plus héhé).

Dans cet article je vais détailler comment nous avons réussi à apprivoiser la friandise (animal très très sauvage) en tant qu’outil. Pas la petite carotte que je donne au petit touffu parce que ça nous fait plaisir à tous les deux ^^

Conditionnement à la nourriture en contact protégé avec Haritz – Photo de Mahaut d’Ornellas, sa propriétaire

La valeur de la récompense

C’est une notion dont il a vite fallu que je m’imprègne donc autant commencer par cela. Lorsqu’on utilise la nourriture dans le travail, il faut avoir à l’esprit que toutes les récompenses n’ont pas la même valeur. Cela est valable pour les récompenses différentes (une gratouille et une friandise), mais aussi entre deux récompenses « similaires » (friandise A et friandise B).

Gardons à l’esprit que la valeur d’une récompense est subjective, cela dépend du poilu, alors voyez avec lui dans tous les cas 🙂

Dans notre cas, j’utilise des friandises «normales » pour le travail à pieds ou les balades (j’ai toujours deux trois bonbons dans la poche au cas où) et des carottes pour le medical training par exemple.

Pour Hermès, la carotte c’est la récompense « Jackpot », elle a une très forte valeur pour lui. Je prends des carottes pour toutes les choses difficiles car c’est un réel motivateur et il est plus enclin à faire des efforts.

En revanche, c’est à double tranchant, car si j’utilise la carotte pour des exercices qui lui demandent peu de réflexion, il monte rapidement en pression. D’où l’intérêt d’adapter la récompense à la situation.

Au même titre, lorsqu’on a commencé certaines manipulations, comme prendre les pieds, j’utilisais des carottes, car c’était difficile pour Hermès, avec le temps je suis passée à des friandises basiques car il était beaucoup plus à l’aise et il ne semblait plus en demande d’un motivateur « surpuissant ».

Pour les soins de yeux par exemple, c’est aléatoire, je peux ne le nourrir qu’à la fin des soins, à chaque mouvement avec des carottes ou des friandises basiques, cela dépend des jours et de son niveau de tolérance à l’instant T.

Encore une fois, l’important est d’être à l’écoute et de s’adapter 🙂

Les friandises basiques

Quand nous avons commencé le R+ avec Hermès, j’utilisais des friandises « basiques » style gros granulés, de luzerne et de pommes (achetées chez Kramer), que je coupais en petits morceaux.

Les premiers temps, sachant que les récompenses étaient très rapprochées, cela nous a très bien convenu. De plus, nous étions en été, Hermès ne manquait pas du tout de nourriture et n’était pas trop porté sur la bouffe.

L’automne puis l’hiver se sont installés, nous avons continué de travailler et Hermès progressait bien. En décembre, nous commencions à pouvoir enchaîner plusieurs pas/mouvements, j’ai donc commencé à espacer les récompenses assez naturellement.

J’ai rapidement été confronté à un problème de taille : la frustration.

Les petites récompenses que je donnais ne suffisaient plus à Hermès, sachant que l’hiver lui tirait un peu dessus il était d’avantage porté sur la bouffe, même s’il était bien nourri et en état.

Après avoir discuté avec plusieurs copines de R+, j’ai arrêté de couper mes friandises pour qu’elles soient données dans une plus grande portion à chaque fois. Ainsi, même si les récompenses étaient de plus en plus espacées, la « dose » convenait à Hermès. Sa frustration s’est dissipée immédiatement, nous permettant de reprendre les séances dans de bonnes conditions.

Janvier 2019

L’aliment

Autre essai que j’ai expérimenté un peu malgré moi : donner de l’aliment en poignées lors de séances.

Je me suis faite surprendre par la rapidité de « disparition » de mes friandises (ahah), alors le temps d’en recommander, j’ai utilisé de l’aliment lors de nos séances.

J’ai découvert à mon insu que c’était une récompense avec une très haute valeur pour Hermès, ce qui a déclenché la même chose que pour les carottes : des montées en pression du tonnerre.

Les exercices ne nécessitaient pas une telle valeur en motivation par conséquent j’avais un poulain zinzin à côté de moi.

Sachant que je n’avais pas d’autre récompense à proposer et que je trouvais que c’était un excellent moyen de travailler sur le calme et la décontraction en conditions « extrêmes », j’ai fait plusieurs séances en récompensant comme ça.

Il m’a tout de même fallut apporter quelques ajustements.

J’ai fait marche arrière dans ma façon de récompenser et j’ai de nouveau récompenser très régulièrement, afin de banaliser l’aliment.

Je précise qu’il était nourri avec chaque jour, il avait donc l’habitude d’en manger, mais dans un tout autre contexte (d’où l’intérêt de travailler la généralisation !).

Les bouchons de foin

Dernier essai pour nous qui je l’espère sera plus concluant à terme : les bouchons de foin.

Hormis le côté « healthy », le conditionnement et le prix défiant toute concurrence (1€ le kg, merci Kramer!), ils sont longs à manger et nécessitent beaucoup de mastication.

C’est un problème pour Hermès : avec ses dents de bébé, il a beaucoup de mal à les manger pour le moment.

J’ai fait une séance complète aux bouchons de foin puis j’ai dû repasser sur de l’aliment car il refusait catégoriquement de les manger (« Laisse moi tranquille humaine avec tes petits cailloux de foin »).

En terme de goût, je pense que ça lui plaît vraiment, la première fois que je les lui ai présenté il n’a pas du tout rechigné, alors qu’il est très difficile niveau nourriture.

Je les réserve donc pour plus tard, quand ses dents le laisseront tranquille 🙂

Le choix de la friandise

Comme dit plus haut, le choix de la friandise va dépendre de votre poilu, de la situation et/ou du contexte.

Néanmoins, il y a d’autres critères à prendre en compte quand on utilise de la nourriture comme outil de travail.

Il est évident qu’on en fait un usage important et que cela peut avoir des conséquences sur la santé de notre cheval. Même si cela semble évident, je pense qu’il est bon de préciser que les friandises riches en sucre (même sucrées faiblement en fait), sont à bannir au vu des divers soucis que peut provoquer un apport en sucre trop important. Il est préférable d’orienté son choix sur des friandises principalement ou exclusivement composées de fibres.

Un autre souci qui a été soulevé lors d’une discussion sur Instagram : la poussière dégagée par les friandises. Effectivement cela peut être un point très important, notamment pour les chevaux ayant des soucis respiratoires ou de l’emphysème par exemple.

Autre source de motivation : courser Louve – Janvier 2019

Sur le plan « fonctionnel », la récompense alimentaire doit avoir un rôle « apaisant », comme on l’a vu plus haut, si la nourriture employée génère de la frustration ou une montée en pression, cela n’apporte rien de bon lors des séances.

La mastication permet au cheval de se décontracter, de se détendre. Il est alors judicieux de choisir une friandise qui soit longue à manger, permettant ainsi au cheval de bien mastiquer.

Une petite astuce toute bête si vous hésitez entre deux récompenses : pour une même quantité, chronométrez le temps de mastication de chacune de deux et choisissez celle qui est la plus longue à manger 🙂

D’un point de vue « Humain » je dirais que le conditionnement, le prix, la facilité d’utilisation sont aussi des critères qui orientent notre choix.

Aussi c’est cela que j’ai acheté les bouchons de foin. Ils remplissent l’intégralité des critères précités.

Pour le moment, ils ne conviennent pas à 100 % à Hermès mais j’espère que d’ici cet été nous pourrons les utiliser sans souci.

Comme n’importe quel outil, la récompense alimentaire demande un temps d’adaptation, des ajustements et des questionnements. Je trouve trop bête d’arrêter son utilisation, juste parce qu’on a peut être pas trouvé ce qui nous convenait.

Cela implique d’avoir une observation objective et une prise de recul de nos séances, encore une fois, les vidéos et les discussions m’ont permis de trouver des pistes d’amélioration.

2 commentaires

  1. Elle est géniale la photo avec Loulou !! Sacré poulain ahah

    J’avais été impressionnée par la montée en pression de Lorida, lorsque j’avais commencé le conditionnement à la nourriture en effet, avec les carottes ! Je ne m’y attendais paaaaas du tout et j’avais été stupéfaite de le voir (outre une super réaction à l’apprentissage) vite s’énerver. Heureusement, j’ai un « papi » et il est parti se calmer tout seul en marchant plus loin, avant de revenir ^^ gentil poney.

    Dommage pour les bouchons de foin, j’espère quand même que tu pourras t’en servir plus tard, quand il aura des grandes et grosses dents x)

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    • Ahah et oui les carottes ça rend tout foufou 🥕😬 c’est clair que ça peut surprendre, pour ça que c’est mieux (plus secur) de commencer en contact protégé au début ça évite les excès de folie à proximité de nous, petite chose fragile 😆

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